Mooks : la mookmania






31 Décembre 2014

Contre toute attente, en librairie, les « mooks » revues illustrées, hybrides entre magazines et livres, cartonnent.


Mook ? Oui, bien sûr, Mouk, le petit ours globe-trotter imaginé par l’illustrateur Marc Boutavant ! Mais non, « mook » comme la contraction de magazine et de book. Ce nouveau concept éditorial, comme XXI, Feuilleton ou Charles, tire son épingle du jeu dans un marché morose. À l’origine, ce que personne ne dit - mook étant devenue une appellation - le nom et le concept ont été imaginés par Henry Dougier, le directeur des éditions Autrement.

Ces revues hybrides privilégient les grands reportages et les enquêtes, avec photos, illustrations, dessins à la clé, visuels et maquette sophistiqués. Et la pub ? Absente. Ce qui déjà aurait pu représenter une gageure. Mais en fait non. Bon an mal an, il y a eu des échecs, des mutations, des arrêts, des transformations mais plus généralement, ces nouvelles revues ont réussi à s’imposer dans un marché de la librairie plutôt sinistré.
 
En France, le précurseur est sans aucun doute XXI. On doit ce magazine à Laurent Beccaria et à Patrick de Saint-Exupéry. Le premier étant le fondateur et le directeur des éditions des Arènes. Laurent Beccaria est à l'origine, entre autres, du phénomène éditorial, Merci pour ce moment de Valérie Trierweiler. Pour en revenir à nos moutons, les mooks, XXI a une pagination de 200 pages. Il sort quatre fois par an.

Pour ses deux initiateurs, également derrière 6 Mois, il s’agissait, rapporte Le Nouvel Obs, de « rassembler le meilleur du journalisme avec le meilleur de l'édition.» Pour l’éditeur Laurent Beccaria et le journaliste Patrick de Saint-Exupéry, c’est un « Manifeste pour un autre journalisme ». Par ailleurs, écriture et enquêtes sont approfondies, les reportages souvent fleuves. Le format et la périodicité le permettent.
 
Avec des ventes tournant autour de 30 000 exemplaires, le succès de XXI a inspiré d’autres maisons et groupes d’édition. Ainsi, sont nés Feuilleton, Schnock, Charles, Muze, Usbek & Rica, Crimes et châtiments, Long court, La Revue Dessinée 2… Certains sont généralistes, d’autres spécialisés, thématiques, militants, littéraires, sportifs. Mais le plus souvent, « hors collection »… Autant de publications qui balancent entre le livre, la revue, le news magazine. D’ailleurs, à l'origine, les mooks auraient pu s'appeler « nook », soit la contraction de « news book ». Dans les faits, ces formats hybrides remportent un grand succès en librairie. Car c’est en librairie qu’on les trouve, et non dans les kiosques.

Les mooks, un hommage au papier donc. Oui, et par les temps qui courent, ce n'est pas rien. Pourvu que la forme et le… « packaging » soient bons, les signatures haut de gamme et la mise en page chic et chiadée. Ne pas oublier le contenu, très souvent de qualité. À l’arrivée, les mooks seraient comme une antidote à la numérisation et à la dématérialisation de l’information. Alors, la mookmania, on dit oui !
 
Le tour du monde de Mouk, Marc Boutavant, (Albin Michel Jeunesse).