Pasolini à la cinémathèque française






6 Novembre 2013

L’œuvre de Pier Paolo Pasolini est étroitement associée à la ville de Rome. Arrivé en 1950, à l’âge de 28 ans dans la capitale, il y demeurera jusqu’à son assassinat en 1975. Poète, écrivain, philosophe, réalisateur… C’est au contact de la Ville Eternelle que Pasolini s’est révélé. Une exposition à la cinémathèque française propose, jusqu’au 26 janvier 2014, de se plonger ou de se replonger dans ce rapport fusionnel et prolifique entre cet homme exceptionnel et une ville qui l’est tout autant.


Un rapport charnel à la ville

Pier Paolo Pasolini
Arrivé dans un contexte particulièrement difficile à Rome, Pasolini est néanmoins marqué, tout au long de sa carrière, par cette ville. Elle sera, presque systématiquement, le carburant, au moins partiel, de sa créativité. L’exposition Pasolini Roma permet ainsi rentrer de plain-pied dans ce qui constitue à la fois la genèse et la principale source d’inspiration de l’œuvre du cinéaste et auteur italien. Cette exposition revêt une dimension à la fois géographique et chronologique. Elle revient sur la rencontre entre un homme perdu, à la situation extrêmement précaire, et un monde qui n’est a priori aucunement le sien. Il s’agit donc d’aborder à la fois la manière dont Rome a pu influencer, voir nourrir la réflexion de cet auteur aux multiples casquettes, mais aussi de comprendre comment, dans un certaine mesure, il a également su s’intégrer lui-même au paysage culturel de la ville, de sa société.

Pasolini : de nombreux sujets, autant d’approches

La Rome de Pasolini, celle des années 50 aux années 70, c’est une ville qui se transforme en profondeur, et qui passe de la société d’après–guerre à un autre modèle, véritable baromètre de la transformation en profondeur de l’Italie. C’est ce changement brutal, total, ce basculement vers un nouveau modèle de société qui permet aussi à Pasolini de s’exprimer avant tout en tant que penseur : société de consommation, matérialisme, développement de la culture de masse, sens du sacré, rapport à la sexualité… A la lumière de cette exposition, on finit par comprendre que la rencontre finalement tardive de Pasolini avec le cinéma n’a été rendue possible que par son exil intérieur dans les quartiers populaires de la périphérie romaine. De Accattone à Salò ou les cent vingt journées de Sodome, le réalisateur aura à cœur de faire de son œuvre le miroir ou la réaction à une certaine idée de la représentation culturelle. Fustigeant le « génocide culturel » qui frappe selon lui l’Italie des années 70, Pasolini était un intellectuel radical, avant-gardiste pour les uns, réactionnaire pour les autres.

Une exposition inédite

Alain Bergala, commissaire de l’exposition, traduit cette pensée, en parlant d’une « vie foisonnante, en tension permanente, celle d'un homme créant et luttant sur tous les fronts. » D’où le véritable parti-pris narratif opéré lors de cette exposition : ce récit chronologique est avant calqué sur la vie de Pasolini lui-même, de son arrivée à la gare de Rome Termini jusqu’à son assassinat sur une plage d’Ostie. Six sections structurent cette exposition, et abordent, d’une manière presque exhaustive, du moins nourrie de manière inédite, les 25 années de Pasolini à Rome, tout en n’hésitant pas à revenir sur des épisodes fondateurs antérieurs. Bien que le cinéma soit mis à l’honneur, le reste des œuvres de l’artiste ne sont pas en reste : de nombreuses productions littéraires et artisitiques témoignent également de sa créativité.