Poutine et Kadhafi, personnages de romans






6 Octobre 2015

En littérature, « l’exofiction » est une tendance qui se dégage. Pour cette Rentrée notamment, certains écrivains se sont inspirés de dictateur ou de chef d’État pour en faire des personnages de romans.


Décidément, pour certains, Vladimir Poutine est inspirant. Mais aussi Muammar Kadhafi. Aussi étrange que cela puisse paraître, depuis quelques temps dans l’édition, les dictateurs ont la côte. Femmes de dictateurs de Diane Ducret (Perrin), est ce qu’on appelle un long seller, alors qu’Enfants de dictateurs de Jean-Christophe Brisard (First), marche aussi très bien...
 
Pour cette Rentrée littéraire, l’homme fort du Kremlin, sans vouloir faire l’amalgame avec « dictateur », tire son épingle du jeu. Le roman de Bernard Chambaz, Vladimir Vladimirovitch est de la pure exofiction : un genre littéraire qui crée une fiction à partir d’éléments ou de personnages réels. Genre de biographie romancée, réjouissante et brillante, le Poutine de Bernard Chambaz figure d’ailleurs sur la liste du Grand Prix de l’Académie française.
 
Dans ce roman, l’auteur se concentre sur un certain Vladimir Poutine relativement déprimé. Il y a de quoi : son homonyme n’est autre que le Président de la Fédération de Russie. À travers les yeux de son double, perturbé par l’image que peut avoir son homonyme, Bernard Chambaz, Prix Goncourt du Premier roman en 1993, retrace la vie de l’homme fort du Kremlin. Vladimir, son quasi jumeau, tient un calepin dans lequel il consigne les faits et gestes du vrai « Volodka » Poutine.

Un cahier de couleur rouge raconte son enfance puis son entrée au KGB, un cahier gris retrace ses cinq années comme agent secret en Allemagne puis sa lente métamorphose d'homme de l'ombre dans les années 90. Un cahier noir décrit la vie du président jusqu'à aujourd'hui. Partagé entre l'amour perdu pour Tatiana, la femme qui l'a quitté, et la vie possible avec la douce Galina, Vladimir n'en a pas fini avec les ambiguïtés de l'homme russe face à son destin… et son Président.

Yasmina Khadra de son côté, s’est glissée dans la peau de Mouammar Kadhafi. Il fallait le faire ! Elle utilise le je, avec beaucoup d’agilité. Elle entraîne ainsi le lecteur dans la tête d'un tyran sanguinaire et mégalomane. Ce faisant, elle dresse le portrait universel de tous les dictateurs déchus, et dévoile les ressorts les plus secrets de la barbarie humaine. Les livres de Chambaz et de Khadra sont bien documentés avec petits secrets et révélations à la clé. Mais ce qui est bien dans l’autofiction, c’est que les auteurs peuvent prendre de sacrées libertés avec la réalité. Résultat, les aventures de Poutine sont assez débridées, quant aux derniers instants de Kadhafi, ils ne sont que pure fiction…

Vladimir Vladimirovitch, Bernard Chambaz (Flammarion).
La dernière nuit du Raïs, Yasmina Khadra (Julliard).