Question de taille






17 Mai 2016

La taille et le seuil semblent des enjeux absents de la réflexion sur le numérique.


Effets de seuils, effets de taille, question d’échelle. À notions abstraites, questions concrètes. Seuil, taille : c’est la réflexion pointue que pose le blog hébergé par Le Monde, InternetActu dans son post intitulé : « Le numérique doit-il demeurer à l’échelle de nos possibilités d’action ? » Aujourd’hui, si Internet semble « imposer un monopole par l'importance du nombre d'utilisateurs de son service », qui semble se soucier des conséquences « des effets de seuils et de taille », et des « limites des effets de masse » ?
 
Aujourd’hui, « réseaux sociaux mondiaux, méthodes d’analyse de données sans limites (Big Data), permettent, au moins théoriquement, de calculer ou de mettre en relation des centaines de millions voir des milliards de personnes », disent les auteurs du blog, Hubert Guillaud, Xavier de la Porte et Rémi Sussan. D’où la question du gigantisme et de son organisation. Car cette démesure, si elle existe, et elle existe, semble, avec « ses effets et impacts » résonner comme « un impensé de la réflexion sur le numérique. »
 
Ainsi, la « scalabilité », soit « la capacité d'un produit ou d'un service à s'adapter aux changements d'ordre de grandeur de la demande, tout en maintenant ses fonctionnalités et ses performances, fait de la croissance en volume, en nombre, en vitesse le moteur même de leur performance et de leur puissance », peut-on lire dans InternetActu. Pour autant, les auteurs reprennent la théorie du philosophe et mathématicien Olivier Rey, qui fustige « la frénésie de la mesure, des chiffres, de la quantification. » Toutefois, ce n'est pas le petit qu'il défend, « mais le proportionné. »

Pour Olivier Rey, il n'y ainsi, « pas de réponse univoque à la question de la taille, car elle est déterminée par le type d'activité qu'elle concerne. » Le grand défi est donc de « réélaborer un rapport au monde inspiré par le proportionné, entre les moyens et les fins. » Toutefois, avec les réseaux sociaux, « le monde obéit à notre volonté. Nous ne consentons plus aux limites, individuellement comme collectivement. Lorsque certains seuils sont atteints, il y a des ruptures. » Ainsi, l'effet d'échelle ne découle pas seulement d'un objet, mais de son lien avec « son environnement et son milieu. »

Aujourd’hui les échelles XXL engendrées par le numérique, se projettent exclusivement dans l'individualisme, et dans la personnalisation. Reste à inverser la tendance. Mais cela semble compliqué. En effet, rappelle Olivier Rey, le développement technique est par essence « un facteur d'illimitation. » Pour lui, « toute borne est un défi à la science et à la technique ». Pourtant, « il y a un enjeu à comprendre les limites, à explorer les seuils, c'est-à-dire les moments où les tailles induisent une bascule. » Prévoir le seuil pour anticiper la rupture ?