Retour sur la possible nomination de Marc Larsy à la tête de l'ambassade des Etats-Unis en France.






19 Avril 2013

Marc Lasry, c'est l'histoire d'une success story. Un américain pur jus façon self made man. L'histoire dit qu'il ne parlait pas un mot d'anglais lorsqu'il arrive aux États-Unis avec ses parents à l'âge de 7 ans. Aujourd'hui milliardaire il est pressenti pour occuper le poste d'ambassadeur des États-Unis d'Amérique en France, et succéder ainsi à Charles Hammerman Rivkin.


Né au Maroc en 1959, il est issu d'une famille juive. Son père est programmeur informatique et sa mère institutrice. Après des études d'Histoire à la Clark University et de Droit à la New York Law School, il se spécialise dans les « distressed securities », domaine dans lequel la stratégie principale consiste en l'investissement ou la vente à découvert de titres de sociétés dont le cours est, ou sera affecté par une situation difficile. Co-directeur du Bankruptcy and Corporate Reorganization Department à Cowen & Company, il co‑fonde en 1995 avec sa sœur, Sonia Gardner, Avenue Capital Group, qui devient un puissant hedge funds gérant actuellement plus de 12 milliards de dollars d'actifs. Il en est aujourd'hui le président directeur général et avec une fortune personnelle estimée à 1,4 milliard de dollars en 2013, il est le 344ème milliardaire d'Amérique.

Une implication auprès du parti démocrate.

Sa notoriété n'est plus à prouver et son implication auprès du parti démocrate non plus. En juin de l'année dernière il organisa une réception dans sa maison de l'Upper East Side afin de lever des fonds pour la campagne d'Obama, dont la participation par personne était de 40 000$. Au total, avec 500 000$ de dons pour la campagne de réélection du Président, M. Lasry est un des plus grands donateurs d'Obama en 2012.
 
Si sa générosité et son soutient le place dans une situation de proximité auprès du Président des États-Unis d'Amérique, il est aussi très proche de la famille Clinton, dont la fille de l'ancien Président, Chelsea Clinton a travaillé plusieurs années en tant qu'analyste pour Avenue Capital.
 
Lors d'un événement à Washington DC, le former President (1) Bill Clinton a annoncé que Marc Lasry avait été averti par la Maison Blanche qu'il pourrait être nommé au poste d'ambassadeur. Et Clinton est bien placé pour influencer les décisions lorsqu'il s'agit de placer les représentants de la politique américaine à l'étranger.

Un profil atypique.

Son profil est inhabituel parce qu'il est à la tête d'un important fonds spéculatif américain. Si la rumeur est exacte, Marc Lasry serait ainsi le premier dirigeant d'une hedge fund à devenir ambassadeur. Certains soulignent déjà que l'Élysée pourrait grincer des dents à sa nomination, alors que le Président François Hollande avait déclaré la guerre au monde de la finance depuis sa campagne présidentielle. Est-ce pour autant une simple rétribution à l'intention de Lasry pour sa générosité envers le parti démocrate, ou un révélateur de la prégnance de l'industrie de la finance sur les décisions politiques américaines. Les États-Unis étant toutefois très attachés à la symbolique des actes politiques, cette affectation a-t-elle vocation à affirmer que le pays aux cinquante étoiles reste maître de l'Europe, en installant à la tête d'une des ambassades les plus importantes du continent une personnalité issue du monde de la finance ?
 
Ce poste, Marc Lasry pourrait par ailleurs entièrement le remplir sans porter préjudice au fonctionnement de sa société Avenue Capital, puisque depuis quelques années il s'est désengagé du management de la direction au profit de sa sœur. Ce dernier serait surtout devenu un chairman plus qu'un réel CEO. Il pourrait néanmoins réintégrer sa place après sa la fin de ses fonctions. On ne quitte jamais bien longtemps le monde des affaires...

Une stratégie américaine globale.

Depuis sa création en 1776, l'ambassade des États-Unis d'Amérique en France est une institution importante de la politique étrangère du pays. De nombreuses personnalités fondatrices de l'État fédéral s'y sont succédées comme Benjamin Franklin, John Adams ou encore Thomas Jefferson. Presque tous les hommes politiques de Washington conçoivent l'État américain comme la puissance militaire centrale à l'échelle mondiale. Cette capacité induit la conception d'un rôle hégémonique stabilisateur autour du globe. En considérant cette donnée, quelle pourrait ainsi être la finalité de cette nomination ? N'oublions pas que le cinquantenaire Marc Lasry est d'origine marocaine. Francophone donc, mais surtout maghrébin, il pourrait représenter une marque de crédit face aux récentes instabilités politiques au Maghreb. Un des tenants du soft-power (2) américain en plein action. Les révoltes (3) arabes du printemps 2011 ont irrémédiablement changé la vision hégémonique de l'Amérique au Moyen-Orient en déstabilisant une région proche. La nomination de Marc Lasry pourrait donc faire partie d'un plan global visant à assurer la stabilité du Moyen‑Orient, dont les États-Unis, quoiqu'on en dise, sont encore dépendants (4).

(1)Ancien Président en anglais.
(2)Terme développé par Joseph Nye en théorie des Relations internationales pour désigner une puissance douce permettant aux Etats-Unis de préserver leur domination en tant qu'hégémon mondial.
(3)Et non révolutions, car il n'y a pas eu de remise en cause profonde – pour l'heure – des régimes.
(4)Particulièrement au niveau énergétique, mais aussi au niveau du contrôle des trafics maritimes par exemple.