Traitement de l’obésité : les surprises de la science






21 Mai 2013

Le problème de l’obésité va peut-être être résolu grâce à la découverte du fonctionnement d’une bactérie agissant dans le milieu intestinal. Loin des médicaments coupe-faim, cette avancée permettrait un déclic significatif dans le traitement de la maladie.


Une bactérie naturellement présente dans l’organisme

La bactérie akkermansia muciniphila a été découverte en 2004 par un chercheur de l’Université de Wageningen, aux Pays-Bas. Représentant de 3 à 5 % des bactéries colonisant l’intestin, elle est synonyme – quand elle reste à ces taux – de la bonne santé du sujet. Mais l’intestin est une machine complexe, peuplée de plus de 500 espèces de micro-organismes, dont 100 000 milliards de bactéries qui, pour la majorité, se situent dans le colon. Notre corps a besoin de cet ensemble vivant pour dégrader et assimiler la nourriture. La flore intestinale, utile à notre vie, est parfois perturbée comme c’est par exemple le cas lorsqu’une personne souffre d’obésité ou de diabète de type 2.
 
Parmi cet ensemble, il existe donc cette bactérie très spécifique. Et c’est à l’Université catholique de Louvain (UCL) que l’on doit la découverte du rôle de cette dernière. La bactérie akkermansia muciniphila participe de manière très importante au fonctionnement du système intestinal, en le protégeant notamment de certaines maladies par exemple. Ainsi, chez les personnes sujettes à l’obésité, les taux de présence de cette bactérie sont très faibles. Les chercheurs ont donc commencé par remarquer que chez les souris obèses, qui ont servi pour les recherches réalisées en Belgique, la présence de la bactérie était 100 fois moins présente que chez les souris en bonne santé.
 
Partant de ce postulat, leurs recherches se sont orientées vers le lien qui existe entre la santé physique et la présence de bactérie akkermansia muciniphila dans l’organisme. Les chercheurs ont donc notamment entrepris de rétablir une concentration normale de ces bactéries chez les souris obèses en essayant deux traitements. Le premier d’entre eux consistait à leur procurer un prébiotique (une molécule que la bactérie apprécie et assimile et dont la présence facilite la prolifération). Au cours du second essai, ils ont fourni à d’autres souris obèses une solution qui contenait cette bactérie si spécifique. Dans les deux cas, les souris ont maigri en perdant bien davantage leur masse graisseuse que leur proportion de muscle. En plus de cette métamorphose impressionnante, leur taux de diabète de type 2 (le diabète lié à la consommation de produits gras) a baissé. Et ces résultats ont été obtenus alors que les souris continuaient un régime riche en graisse ! Ce qui souligne le rôle de la bactérie akkermansia muciniphila dans les dérèglements métaboliques.

Un nouveau traitement contre l’obésité ?

Au vu de ces expériences probantes, on aurait tôt fait de rêver d’un médicament pour la lutte contre l’obésité. Les souris, qui sont des mammifères, possèdent la même proportion de ce type de bactérie dans leur organisme que dans celui des humains. Pourrait-on alors exporter cette méthode pour aider l’amélioration de l’obésité, et donc aider à la perte de poids (et du diabète de type 2) ? Pour le savoir, il faudra tout d’abord que les scientifiques répondent à un certain nombre de questions. Il leur faudra notamment déterminer si la dérégulation de la flore intestinale causée par l’introduction de l’akkermansia muciniphila produit des effets secondaires. Car aucune étude sur le long terme n’a encore réalisé sur ce sujet, et encore moins sur des sujets humains. La certitude qu’un traitement de ce type serait révolutionnaire demeure néanmoins, puisqu’il permettrait de perdre du poids sans perte de muscle. Ainsi, les régimes de privation traumatiques pour l’organisme pourraient passer aux oubliettes grâce à cette bactérie qui règlerait du même coup l'un des problèmes les plus préoccupants de la société contemporaine.