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Yohji Yamamoto : styliste et créateur, jonglant entre rigueur et excentricité





Dans la haute couture, simplicité désigne par défaut l'élégance et la magnificence. Yohji Yamamoto fait partie des rares stylistes à ne pas rentrer dans ce moule. Sa singularité et son excentricité ne l'empêchent pourtant pas d'avoir une place au sommet de la mode contemporaine. Un vrai personnage atypique à découvrir ou redécouvrir.


Yohji Yamamoto : styliste et créateur, jonglant entre rigueur et excentricité

Un anticonformiste dans le sang

Styliste personnel de Sir Elton John, père de la ligne Y-3 d'Adidas et grand maître couturier réputé à Paris comme à Tokyo... ces quelques mots résument brièvement l’identité de Yohji Yamamoto. Celui qui est présenté comme l'un des plus grands designers de mode de ces dernières décennies semble affectionner immodérément son statut. Il ne s'en cache pas : son couronnement actuel est le fruit de nombreuses années d'imaginations, d'efforts, de luttes, voire même de combats. Né en octobre 1943, le créateur grandit avec une génération de Japonais encore désorientée et fortement marquée par la Seconde Guerre mondiale. Yohji Yamamoto lui-même grandit marqué par ce conflit, son père étant mort sur le front. De ce passage sombre de son existence, il retiendra une leçon capitale : dans la vraie vie, tout est question de dévouement, de rigueur et de discipline.

Cette partie de son histoire marquera à jamais son esprit et sa façon de penser. Dans toutes ses collections, le noir et les nuances de gris dominent, loin des couleurs gaies de l'époque. Ce côté quelque peu rebelle et marginal, le designer le cultive depuis sa jeunesse, notamment durant son passage à la prestigieuse école Bunka Fashion College. Alors formé aux codes de la couture en vogue dans l'occident, il ne s'intègre que très peu à son monde. Ses études à Paris en 1969 n'arrangent rien à sa situation. Déçu de son aventure parisienne, il rentre à Tokyo et commence à dessiner ses propres croquis, des dessins à mille lieues des normes imposées par la haute couture contemporaine. Une collection d'imperméables atypiques attire l'attention d'investisseurs japonais, qui n'hésitent pas à en commander en grande quantité. La légende du designer anticonformiste est alors en marche.

Une éclosion mitigée, une consécration incontestée

Yohji crée sa propre société de mode en 1972 et ouvre sa propre boutique à Tokyo cinq ans plus tard. Les fashionistas de la capitale s'arrachent les vêtements dessinés par le jeune créateur. Ses proches et ses partenaires lui recommandent alors d'exporter son talent en Occident. Hésitant, terrifié même à l'idée de s'implanter à Paris, la capitale de la mode, il relève quand même le défi. Son premier défilé parisien se déroule en mars 1981, en pleine naissance du japonisme dans la haute couture occidentale. Contrairement à ses compatriotes stylistes, entre autres Kenzo Takada et Issey Miyake, Yamamoto délivre une vision résolument avant-gardiste. Il se rappelle toujours la réaction des auditeurs de son premier show : 70 % des gens ont paru désorientés, selon lui, tandis que les 30 % restants lancent des regards approbateurs, compréhensifs. Le monde de la haute couture retiendra de cet événement l'image et le nom d'un styliste avant-gardiste et excentrique, mais qui affectionne la précision et les finitions recherchées. Et même si quelques critiques de mode écharpent avec véhémence sa conception du beau et de l'élégance, il gagne en notoriété auprès des fashionistas, des boutiques chics et des grands noms de la couture. Sa nouvelle réputation aidant, Yohji Yamamoto ouvre un premier magasin à Paris, puis s'installe à Londres et à New York.

Perfectionniste, inflexible et fidèle à ses valeurs

Encensé par les critiques, plébiscité par les médias et sollicité par les personnalités tous azimuts, Yohji Yamamoto ne se laisse pas entraîner dans le tourbillon médiatique entourant son œuvre. Tout jeune, il critiquait ouvertement la surexposition de plusieurs créateurs, devenus à ses yeux des personnes médiatiques plus que des artistes. Et il n'est pas près de changer sa manière de penser. Habitué à travailler dans l'ombre, il préfère les moindres détails de ses créations aux promotions interminables sur les plateaux télés ou dans les soirées mondaines. Sa perception du monde de la mode n'a pas changé d'un poil, tout comme sa façon de travailler.

Très exigeant sur la qualité des tissus, il ne rechigne pas à superviser lui-même la fabrication de certaines matières de base. Les soies qu'il utilise proviennent en grande partie d'ateliers traditionnels du textile au Japon. Yohji Yamamoto apprécie particulièrement les tissus fabriqués par l'usine familiale de Chiso, implantée à Kyoto depuis 1555. L'établissement utilise encore des procédés artisanaux de tissage strictement codifiés pour produire les plus beaux tissus de soie du pays. Dans cet atelier, la conception d'un kimono de la meilleure facture peut prendre jusqu'à un an. Le grand maître nippon ne se soucie guère de ces contraintes de temps. Il ne raisonne pas non plus en termes de production : il préfère la qualité et la perfection, même si son entreprise est actuellement valorisée à plusieurs millions de dollars. Lui, qui veut devenir l'ombre de madame Madeleine Vionnet, se consacre uniquement à ses collections de prêt-à-porter homme ou femme, de bijoux, de parfums et de chaussures.