Dermatologues : comment les syndicats ont arraché 27 postes à l’État (mais pas les 150 nécessaires)

Le gouvernement annonce 27 postes d’internes supplémentaires en dermatologie pour 2026, fruit d’une mobilisation syndicale auprès de 30 parlementaires. Mais les experts réclament 150 postes par an : entre victoire symbolique et insuffisance chronique, cette décision politique masque une crise structurelle qui condamne les Français à attendre six mois pour consulter un dermatologue.

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Dermatologues : comment les syndicats ont arraché 27 postes à l’État (mais pas les 150 nécessaires) © www.nlto.fr

Vingt-sept postes d’internes en dermatologie supplémentaires pour la rentrée 2026. Le gouvernement pavoise, les syndicats applaudissent, mais les experts tirent la sonnette d’alarme : il en faudrait 150 par an pour sortir de la crise. Entre victoire symbolique et insuffisance chronique, cette annonce du ministère de la Santé illustre l’impasse politique face à une pénurie qui frappe trois millions de Français attendant jusqu’à six mois pour consulter un dermatologue.

Comment le syndicat a forcé la main au gouvernement

Mobilisation pluriannuelle : 30 parlementaires et les cabinets ministériels sous pression

Le Syndicat National des Dermatologues-Vénéréologues (SNDV) n’a pas obtenu ces 27 postes par hasard. Pendant plusieurs mois, ses représentants ont multiplié les rendez-vous avec une trentaine de sénateurs et députés, bombardé les cabinets ministériels de notes techniques et organisé des opérations de communication ciblées. Marie-Estelle Roux, membre du SNDV, salue cette victoire : « Pour la première fois depuis longtemps, le nombre de postes d’internes en dermatologie va augmenter, c’est une grande nouvelle ! Toute la communauté des dermatologues s’en réjouit. » L’arrêté publié au Journal officiel le 4 août 2026 porte la création de 102 à 129 postes, soit une hausse de 26%, la plus forte toutes spécialités confondues. Un signal politique clair : l’État a cédé face à une mobilisation professionnelle structurée.

Pourquoi cette victoire ? L’élection de l’opinion publique sur la crise des soins

Derrière cette décision, une réalité que les cabinets ministériels ne peuvent plus ignorer : les délais de consultation explosent. Selon une étude Doctolib, le délai médian atteint 32 à 42 jours en France, mais grimpe à trois voire six mois dans les zones tendues. Les électeurs râlent, les médias s’emparent du sujet, et les parlementaires reçoivent des centaines de témoignages de patients désespérés. L’État a donc bougé, non par conviction sanitaire, mais par nécessité électorale. Les dermatologues ont compris que la bataille se jouait dans l’arène politique, pas dans les amphithéâtres de médecine. Résultat : une augmentation historique mais symbolique, destinée à calmer l’opinion publique avant les prochaines échéances.

27 postes : une réponse politique, pas une solution sanitaire

Le fossé : 27 postes annoncés vs 150 demandés par les experts

La Société Française de Dermatologie (SFD) et le Collège d’Enseignement de la Dermatologie Française (CEDEF) réclament un minimum de 150 postes par an d’ici 2030 pour combler les besoins réels. L’écart est vertigineux : 27 créations contre 150 demandées, soit 18% de l’objectif minimal. Les présidentes de la SFD et du CEDEF, Dr Saskia Oro et Pr Caroline Gaudy, reconnaissent que « cette augmentation est le fruit de notre persévérance collective », mais évitent soigneusement de crier victoire. Les experts savent que cette mesure relève davantage de la communication gouvernementale que d’une stratégie sanitaire cohérente. L’État donne l’impression d’agir sans s’engager sur un plan pluriannuel contraignant.

L’effet d’annonce : pourquoi cette augmentation de 26% ne résout rien

Pierre Hamann, dermatologue, tranche : « Ça ne réglera absolument pas tous les problèmes liés à la pénurie actuelle de dermatologue qui va se poursuivre. On a une chute de notre nombre de dermatologues qui est de plus de 20% depuis les dix dernières années. » Les chiffres confirment : la France compte aujourd’hui 3,26 dermatologues pour 100 000 habitants, un ratio en baisse constante. Former un dermatologue prend dix ans : quatre années d’études, suivies de six ans d’internat et de spécialisation. Les 27 internes de 2026 exerceront pleinement en 2036. D’ici là, des centaines de praticiens partiront à la retraite, aggravant encore la pénurie. L’augmentation de 26% sonne bien dans un communiqué de presse, mais masque une réalité brutale : la France manquera de dermatologues pendant au moins quinze ans.

Les Français, victimes collatérales d’une inégalité territoriale d’accès aux soins

Paris vs la province : 6 mois d’attente, c’est le prix de la pénurie

La répartition géographique des dermatologues creuse les inégalités. Les métropoles concentrent les praticiens, tandis que les zones rurales et périurbaines subissent des déserts médicaux. Résultat : à Paris, un rendez-vous s’obtient en six à huit semaines ; en Creuse ou dans le Cantal, il faut patienter six mois. Cette disparité territoriale touche directement les patients atteints de pathologies chroniques comme le psoriasis ou l’eczéma, mais aussi ceux nécessitant un dépistage précoce de cancers cutanés. Plus de deux tiers des Français renoncent à des actes de soin dermatologique faute d’accès rapide. L’État n’a prévu aucun mécanisme pour garantir une répartition équitable des futurs internes. Sans contrainte, ils choisiront les grandes villes, perpétuant les inégalités.

Plan pluriannuel : où est le vrai engagement de l’État ?

La SFD et le CEDEF exigent un plan pluriannuel contraignant pour atteindre 150 postes par an d’ici 2030. L’État refuse. Pourquoi ? Parce qu’un tel engagement budgétaire impliquerait des investissements massifs dans les CHU, la création de nouveaux terrains de stage, et surtout une visibilité à long terme incompatible avec les cycles électoraux. Résulter : des mesurettes annuelles, sans cohérence stratégique. Les 27 postes de 2026 risquent de rester une exception, pas le début d’une dynamique. Les syndicats ont gagné une bataille médiatique, mais la guerre contre la pénurie est loin d’être gagnée. L’État joue la montre, espérant que l’opinion publique oubliera d’ici les prochaines élections.

Vers 2036 : l’État peut-il tenir ses promesses ?

En 2036, les 27 internes de la promotion 2026 exerceront enfin pleinement. D’ici là, combien de Français auront renoncé à consulter ? Combien de cancers cutanés auront été diagnostiqués trop tard ? L’État mise sur l’effet d’annonce pour calmer les esprits, mais les experts savent que sans plan structurel, la pénurie de dermatologues perdurera. Les syndicats ont prouvé qu’une mobilisation ciblée pouvait forcer le gouvernement à bouger. Reste à transformer cette victoire symbolique en engagement durable. Sinon, les 27 postes de 2026 resteront un simple pansement sur une hémorragie chronique, une promesse politique sans lendemain sanitaire.

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