Des congélateurs dont la température augmente pendant la nuit, des produits alimentaires jetés par milliers et des magasins obligés de vider leurs rayons. Depuis plusieurs semaines, les cyberattaques contre les systèmes frigorifiques perturbent la vie de nombreux commerçants européens.
Le 4 novembre, l’affaire a pris une nouvelle tournure. Deux groupes de pirates informatiques prorusses, NoName057(16) et Z-Pentest, ont revendiqué les attaques dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux.
Selon la télévision publique italienne RAI, les hackers affirment avoir ciblé les équipements qui commandent les installations frigorifiques, notamment ceux des marques Danfoss et Dixell. Ils prétendent également pouvoir s’attaquer aux réseaux d’eau, aux centrales électriques et à des installations industrielles. Pour l’instant, rien ne permet de confirmer qu’ils sont réellement responsables de l’ensemble des attaques.
Des centaines de supermarchés français touchés
Tout a commencé dans la nuit du 11 au 12 octobre 2026. Des pirates ont pris le contrôle à distance de systèmes utilisés pour maintenir les produits alimentaires au froid. En modifiant certains paramètres, ils ont provoqué des hausses de température dans les installations. Plusieurs centaines de magasins français ont été touchés, notamment chez Intermarché, Carrefour, Coopérative U et E.Leclerc.
Les employés ont parfois découvert les dégâts à leur arrivée le matin. Des stocks entiers de produits frais et surgelés étaient devenus impropres à la vente. Certains établissements ont subi des pertes de plusieurs dizaines, voire centaines de milliers d’euros.
Les attaques se propagent dans plusieurs pays européens
Trois semaines plus tard, une nouvelle vague frappe l’Europe. Dans la nuit du 1er au 2 novembre, des incidents sont signalés notamment en Belgique, au Luxembourg, en Suède et en Irlande. Des enseignes comme Delhaize, Carrefour, ICA ou Coop se retrouvent confrontées à des équipements dont les températures ont été modifiées. Selon Reuters, des commerçants ont dû jeter leurs marchandises après avoir constaté que leurs installations frigorifiques ne fonctionnaient plus normalement.
Les incidents ne se limitent pas aux commerces alimentaires. En France, trois installations régionales de l’Établissement français du sang ont également été touchées par des intrusions visant leurs systèmes frigorifiques. Heureusement, les équipes ont pu intervenir et préserver les stocks sanguins. Le ministère de la Santé a confirmé que les produits n’avaient pas été perdus.
Pourquoi les hackers prorusses inquiètent les Européens
La revendication de NoName057(16) et Z-Pentest fait craindre que ces attaques ne soient pas de simples actes de piratage isolés. Les deux groupes sont connus pour leurs activités prorusses. Z-Pentest a notamment été sanctionné par l’Union européenne pour des cyberattaques visant des infrastructures critiques.
Le contexte de guerre en Ukraine alimente les inquiétudes. Plusieurs États européens soutiennent Kiev et font déjà face à des activités de déstabilisation attribuées à des acteurs liés à Moscou. Une campagne contre les équipements du quotidien pourrait constituer une forme de guerre hybride, destinée à provoquer des dommages sans confrontation militaire directe. Mais aucune enquête officielle n’a encore établi que la Russie avait commandité ces attaques.
L’Europe se mobilise pour éviter de nouveaux incidents
Face à la répétition des attaques, les autorités européennes ont décidé de coordonner leurs efforts. Le 4 novembre, la Commission européenne et l’agence de cybersécurité ENISA ont confirmé leur mobilisation, aux côtés d’Europol et des organismes nationaux spécialisés. Le principal problème est désormais identifié : de nombreuses installations techniques peuvent être administrées à distance, mais certaines disposent de protections insuffisantes.
Leurs propriétaires sont invités à sécuriser les connexions, mettre à jour les équipements et contrôler les accès des prestataires chargés de leur maintenance. Les enquêteurs doivent encore identifier les auteurs des attaques et déterminer si les différentes vagues relèvent d’une même opération.
En attendant, les dégâts rappellent qu’une cyberattaque peut avoir des conséquences bien réelles : un supermarché privé de ses stocks, une entreprise obligée d’interrompre son activité ou des équipements médicaux dont il faut assurer la protection en urgence.








