Le dimanche 6 septembre 2026, la Saxe-Anhalt a exprimé un message retentissant à l’établissement politique allemand : l’AfD a remporté 44,6 % des voix, tandis que la CDU dirigée par Merz n’a obtenu que 17,4 %. Ce scrutin représente un vote de rupture, rejetant fermement les élites politiques et économiques accusées de maintenir des inégalités régionales depuis trente-sept ans, suite à la réunification. Avec une mobilisation record de 78 % des électeurs, contre 60,3 % en 2021, les citoyens ont clairement manifesté leur désaveu envers les partis traditionnels.
Un vote massif qui défie l’ordre politique en Allemagne
L’AfD a enregistré son score le plus élevé dans un Land allemand depuis 1945. Le parti d’extrême-droite a obtenu 39 sièges sur 83 au parlement régional, manquant de peu la majorité absolue de 42 sièges. « Nous avons accompli exactement ce que nous voulions accomplir. Nous avons écrit l’histoire dans cet État », a déclaré Ulrich Siegmund, chef de file de l’AfD, après le scrutin. Cependant, selon Al Jazeera, la question de savoir si ce résultat permet de prendre le contrôle du Land reste en suspens tant que le cordon sanitaire demeure.
Un rejet des élites et une nostalgie de l’Est
Avec ses 2,1 millions d’habitants, la Saxe-Anhalt figure parmi les régions les plus pauvres et vieillissantes d’Allemagne. L’écart économique avec l’Ouest persiste depuis 1989. L’AfD exploite la nostalgie de l’Allemagne de l’Est, le ressentiment envers Berlin et le sentiment d’abandon économique. Les promesses de « transformation politique fondamentale » de Siegmund résonnent fortement dans ce territoire délaissé. Les électeurs expriment un rejet non seulement de la CDU ou du SPD, mais d’un système politique jugé défaillant.
La CDU en déroute : l’échec de Merz
La CDU a subi une débâcle avec seulement 17,4 % des voix, soit près de la moitié de moins qu’en 2021 où elle avait atteint 34,8 %. Le chancelier Friedrich Merz n’a pas pris la parole le soir du scrutin, voyant son autorité sérieusement affaiblie à moins de trois ans des élections fédérales de 2029. Le ministre-président sortant, Sven Schulze (CDU), a admis la défaite et exclu toute coopération avec l’AfD. La formation d’une coalition avec le SPD, les Verts, et potentiellement Die Linke ou le BSW (Bündnis Sahra Wagenknecht) s’annonce complexe.
Les promesses de l’AfD : un programme migratoire radical
L’AfD a annoncé une « offensive de remigration et déportation » dès son entrée en fonction. Ulrich Siegmund a affirmé vouloir collaborer avec les partis ouverts à une transformation politique radicale, tout en refusant de céder aux exigences des autres partis. Le programme migratoire de l’extrême-droite allemande, qui inclut l’expulsion massive de migrants et demandeurs d’asile, représente une rupture profonde avec les politiques établies depuis la Seconde Guerre mondiale. Alice Weidel et Tino Chrupalla, co-leaders nationaux du parti, ont salué un résultat « historique », affirmant que les électeurs ont rejeté le cordon sanitaire.
L’Institut économique allemand (IW) avertit que les politiques migratoires de l’AfD seraient « ruineuses » pour un État dépendant des travailleurs étrangers. La Saxe-Anhalt, confrontée au vieillissement de sa population et à une pénurie de main-d’œuvre dans les secteurs de la santé et des services, ne peut se passer de l’immigration. L’expulsion massive de travailleurs étrangers pourrait aggraver la crise économique régionale. Néanmoins, cet argument ne dissuade pas les électeurs, qui privilégient le discours identitaire et sécuritaire de l’AfD, même au détriment des conséquences économiques.
Le défi du cordon sanitaire : isolement ou protection ?
Les partis traditionnels allemands maintiennent un « cordon sanitaire » en refusant toute coalition avec l’AfD, classée comme organisation d’extrême-droite par les services de renseignement intérieur. Sven Schulze (CDU) exclut également toute alliance avec Die Linke, compliquant davantage la formation de gouvernements. Lars Klingbeil, vice-chancelier social-démocrate, a déclaré : « Un nombre incroyablement grand de personnes en Saxe-Anhalt, mais aussi à travers l’Allemagne, ont peur et sont inquiètes de ce résultat électoral pour l’AfD. C’est une raison de réfléchir à la politique ici à Berlin. » Cette stratégie d’isolement pourrait toutefois renforcer le ressentiment populaire.
Des élections régionales sont prévues dans les semaines à venir en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et à Berlin, où l’AfD est en tête des sondages. Si le parti dépasse les 50 % dans un Land, le cordon sanitaire perdrait sa raison d’être, permettant à l’extrême-droite de gouverner seule. La presse internationale s’interroge sur un possible « basculement de l’Allemagne ». L’exemple de la Saxe-Anhalt montre que le vote protestataire peut atteindre des niveaux sans précédent dans l’Est du pays.









