Le maire de New York Zohran Mamdani explore les moyens légaux d’arrêter Benjamin Netanyahu lors de sa venue prévue à l’ONU en septembre. Accusé de crimes de guerre à Gaza par la CPI, le Premier ministre israélien fait l’objet d’un mandat d’arrêt international que Mamdani entend faire respecter, malgré l’opposition de Washington et les obstacles juridiques.
New York prêt à arrêter Netanyahu : Mamdani défie la Maison-Blanche
Le maire de New York, Zohran Mamdani, a réaffirmé samedi 19 juillet sa volonté d’explorer les voies légales permettant l’arrestation de Benjamin Netanyahu si le Premier ministre israélien se rend dans la métropole en septembre prochain, à l’occasion de l’Assemblée générale des Nations unies. Dans un entretien accordé au podcast The Interview du New York Times, le jeune édile démocrate-socialiste a tranché : « Je crois que le Premier ministre Netanyahu a sa place à La Haye. C’est un criminel de guerre inculpé par la Cour pénale internationale, et cette opinion est largement partagée au vu de ce que ses actions ont engendré ces dernières années. »
Mamdani a précisé que son administration menait des « discussions actives » avec le département juridique de la ville afin de déterminer l’étendue de ses prérogatives. « Nous ferons tout ce que la loi nous autorise à faire à New York, mais nous n’inventerons pas nos propres règles », a-t-il ajouté. Une posture qui reflète la tension croissante entre certaines municipalités progressistes américaines et la diplomatie fédérale, particulièrement sur le dossier israélo-palestinien.
Un mandat d’arrêt qui embarrasse Washington
En novembre 2024, la Cour pénale internationale a émis un mandat d’arrêt à l’encontre de Benjamin Netanyahu et d’autres dirigeants israéliens, les accusant de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité dans la bande de Gaza. Parmi les griefs figurent « l’utilisation de la famine comme méthode de guerre », ainsi que « le meurtre, la persécution et d’autres actes inhumains ».
Le conflit a débuté après l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023, qui a fait environ 1 200 morts en Israël, principalement lors d’un festival de musique et dans des kibboutzim proches de la frontière avec Gaza. La riposte militaire israélienne a depuis causé la mort de plus de 73 200 Palestiniens, d’après l’agence de presse palestinienne WAFA. Les forces de défense israéliennes ont ciblé des hôpitaux et des zones déclarées sûres, alimentant les accusations de violations du droit international humanitaire.
Mamdani, qui avait qualifié durant sa campagne électorale les opérations israéliennes à Gaza de « génocide », n’a jamais varié dans son jugement. Il a toutefois pris soin de condamner également l’attaque du Hamas comme un « crime de guerre horrible », cherchant à maintenir une cohérence morale dans un débat souvent polarisé.
Les obstacles juridiques et la fureur de Trump
La volonté du maire new-yorkais se heurte à une réalité juridique complexe. Les États-Unis ne sont pas partie au Statut de Rome, le traité fondateur de la CPI, et ne reconnaissent pas l’autorité de cette juridiction. En février 2025, le président Donald Trump a imposé des sanctions économiques contre la Cour, affirmant qu’elle n’avait aucune compétence sur les citoyens américains ou israéliens. Le secrétaire d’État Marco Rubio a même promis de « démanteler » l’institution, l’accusant de « mener une guerre contre notre pays, non pas avec des balles ou des missiles, mais avec la force du soi-disant droit international ».
Des experts juridiques consultés par le New York Times estiment qu’une arrestation de Netanyahu à New York relèverait de « l’impossibilité pratique » et placerait Mamdani en confrontation directe avec le gouvernement fédéral. L’ambassadeur américain à l’ONU, Mike Waltz, a d’ailleurs qualifié les déclarations du maire de « pure mise en scène politique », rappelant que Washington ne reconnaît pas la CPI.
Selon un sondage publié récemment par l’Associated Press et le NORC Center for Public Affairs Research, 44 % des Juifs américains ont une opinion favorable de Mamdani, contre 39 % défavorable. À l’inverse, Netanyahu ne recueille que 32 % d’opinions positives parmi cette même population, avec 59 % d’avis négatifs. Une évolution significative qui témoigne du fossé générationnel et idéologique croissant au sein de la communauté juive américaine, notamment chez les jeunes et les progressistes, de plus en plus critiques envers la politique du gouvernement israélien.
Israël contre-attaque, la police new-yorkaise dans l’embarras
Le bureau de Netanyahu a réagi avec virulence dimanche 20 juillet, publiant un communiqué sur X : « M. Mamdani devrait se concentrer sur la réparation des dégâts causés par ses politiques à New York. Comme Karim Khan, Mamdani semble chercher à détourner l’attention publique de ses échecs en attaquant le dirigeant de l’État juif et la seule démocratie du Moyen-Orient. » Le texte poursuivait en dénonçant la CPI comme « un tribunal fantoche sans juridiction sur les Américains ou les Israéliens », qualifiant le mandat d’arrêt de « tentative évidente de Khan pour détourner l’attention et se protéger d’un examen minutieux », allusion aux accusations de harcèlement sexuel portées contre l’ancien procureur.
L’ambassadeur israélien à l’ONU, Danny Danon, a assuré que Netanyahu « viendra à New York, s’adressera fièrement à l’Assemblée générale des Nations unies et affirmera devant le monde la vérité d’Israël et son droit inaliénable à défendre ses citoyens ». Dans une interview à la radio WABC, Netanyahu a balayé les menaces d’arrestation, affirmant ne pas s’en inquiéter et accusant Mamdani de soutenir le Hamas, une allégation que le maire a fermement démentie.
La situation est d’autant plus délicate que la commissaire de police de New York, Jessica Tisch, est une fervente soutien de l’État d’Israël. Fin mai, lorsque Mamdani a rompu avec des décennies de tradition en refusant de défiler lors de la parade du Jour d’Israël, Tisch a fièrement représenté la ville lors de l’événement. Si Mamdani ordonnait l’arrestation du dirigeant israélien, ce serait à Tisch qu’incomberait la responsabilité d’exécuter la directive, créant un conflit interne potentiellement explosif au sein de l’administration municipale.
Les démocrates lâchent Israël
Les déclarations de Mamdani interviennent alors que la position du Parti démocrate sur Israël connaît une mutation profonde. Mercredi dernier, près de la moitié des députés démocrates à la Chambre des représentants ont voté pour supprimer 3,3 milliards de dollars d’aide militaire à Israël. Bien que la mesure n’ait pas été adoptée, elle marque une fissure significative dans le soutien inconditionnel traditionnellement accordé à l’État hébreu par Washington.
Interrogé par le New York Times sur le poids politique qu’il accorde à la question israélo-palestinienne, Mamdani a affirmé que la guerre à Gaza mobilisait les électeurs dans tout le pays, citant la victoire écrasante de candidats qu’il avait soutenus lors d’élections législatives à New York en juin. « Il est difficile de trouver une approche politique plus faillite que celle adoptée par notre pays envers Gaza et la Palestine », a-t-il déclaré.
Septembre 2026 : rendez-vous à haut risque
L’Assemblée générale de l’ONU, qui se tiendra en septembre prochain au siège des Nations unies à Manhattan, constitue un rendez-vous diplomatique majeur auquel Netanyahu a participé à de nombreuses reprises par le passé. La question de sa venue et de sa sécurité juridique à New York cristallise désormais les tensions entre droit international, souveraineté nationale et activisme municipal. Les tensions au Moyen-Orient continuent de peser sur la diplomatie américaine.
Mamdani a insisté sur le fait qu’il ne formulait pas « une évaluation personnelle de Benjamin Netanyahu », mais qu’il se référait au mandat émis par la Cour pénale internationale. « Je pense qu’il est important de parler du poids que représente une telle accusation et aussi, en tant que maire de New York, je respecterai les lois de New York », a-t-il précisé. Une formulation prudente qui témoigne de la conscience des limites de son pouvoir, mais aussi de sa détermination à repousser ces limites autant que possible.
Selon CNN, le maire a souligné qu’il ne chercherait pas à exploiter des failles juridiques : « Nous ferons ce que la loi nous permet, mais nous n’irons pas au-delà des limites de la légalité. » Une position qui contraste avec les accusations de « théâtre politique » formulées par l’administration Trump.









