Plusieurs pays européens veulent une taxe sur les superprofits du pétrole

L’Allemagne, l’Italie, l’Autriche, la Pologne, le Portugal et l’Espagne réclament une taxation exceptionnelle des compagnies pétrolières.

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L’apogée de la demande mondiale de pétrole arrive plus tôt que prévu
Plusieurs pays européens veulent une taxe sur les superprofits du pétrole © www.nlto.fr

Six pays européens, dont l’Allemagne et l’Italie, réclament une taxe exceptionnelle sur les superprofits des compagnies pétrolières. Ces États dénoncent des marges excessives sur le pétrole raffiné, alimentées par la crise au Moyen-Orient, et exigent que les bénéfices exceptionnels soient reversés aux consommateurs.

Six pays de l’UE montent au front contre les profits pétroliers

L’Allemagne, l’Italie, l’Autriche, la Pologne, le Portugal et l’Espagne réclament une taxation exceptionnelle des compagnies pétrolières. Dans une lettre adressée au ministre des Finances irlandais, dont le pays assure actuellement la présidence tournante du Conseil de l’UE, ces six nations dénoncent une rentabilité excessive qui dépasse largement la hausse des prix du brut. Les géants du pétrole accumulent des bénéfices considérables depuis le début du conflit au Moyen-Orient, pendant que les consommateurs européens peinent à boucler leurs budgets.

« Les compagnies pétrolières bénéficient d’une rentabilité globale et de marges sur les produits raffinés qui dépassent la hausse des prix du pétrole brut », dénoncent les signataires. Leur demande est limpide : inscrire la question d’un prélèvement à l’ordre du jour de la réunion des ministres des Finances européens prévue à Dublin les 18 et 19 septembre prochain. Une initiative portée par le ministre allemand des Finances, Lars Klingbeil, qui refuse de laisser les énergéticiens « plumer » les consommateurs en pleine crise.

Une coalition hétéroclite unie par la colère sociale

La coalition réunie autour de la demande ne manque pas d’intérêt politique. Elle rassemble des gouvernements aux orientations diverses, du social-démocrate allemand au conservateur polonais, en passant par l’Italie de Giorgia Meloni. Mais tous partagent un constat : les mesures gouvernementales adoptées jusqu’à présent n’ont pas suffi à stabiliser durablement les prix pour les entreprises et les citoyens.

« Nous connaissons l’un des plus grands chocs d’approvisionnement depuis des décennies, et partout dans le monde le mécontentement grandit face à la hausse du coût de la vie », martèle la lettre commune. Une source au sein du ministère allemand des Finances, citée par China Daily, précise la position de Klingbeil : « Les bénéfices excessifs liés à la crise doivent être reversés aux consommateurs. »

L’initiative n’est pas totalement nouvelle. Début avril, cinq de ces six pays (sans la Pologne) avaient déjà formulé la même requête auprès de la Commission européenne. À l’époque, Bruxelles avait formellement rejeté l’introduction d’une nouvelle taxe obligatoire à l’échelle européenne. Mais la persistance des tensions au Moyen-Orient et l’envolée continue des profits pétroliers relancent aujourd’hui le débat avec une vigueur renouvelée.

Le détroit d’Ormuz, machine à cash pour les pétroliers

La guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran depuis février 2026 a profondément perturbé le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial. Les restrictions imposées à la navigation ont provoqué une flambée des cours, mais surtout, une explosion des marges bénéficiaires pour les raffineurs et les compagnies pétrolières. Comme l’a montré la crise du Canal de Panama, les perturbations des voies maritimes stratégiques se transforment rapidement en aubaines pour certains acteurs économiques.

Selon Yahoo Finance, les bénéfices des entreprises énergétiques ont littéralement décollé depuis le début des opérations militaires. Le géant polonais Orlen illustre parfaitement la tendance : son résultat net a triplé sur les six premiers mois de l’année. TotalEnergies, de son côté, continue d’afficher des performances record, alimentant les critiques sur son optimisation fiscale qui lui permet d’échapper largement à l’impôt en France malgré des gains mondiaux de plusieurs milliards.

Les six pays signataires estiment que la rentabilité dépasse largement ce que justifierait la simple augmentation du prix du baril. Ils dénoncent un enrichissement opportuniste sur fond de tensions géopolitiques, alors que les ménages européens peinent à boucler leurs budgets face à l’inflation énergétique.

Le précédent ukrainien comme modèle

La lettre des six ministres appelle explicitement à s’inspirer de la « contribution de solidarité » mise en place en 2022 après l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Le dispositif temporaire avait permis de lever plus de 26 milliards d’euros, selon la Commission européenne, redistribués ensuite aux consommateurs pour amortir le choc des prix énergétiques.

Le mécanisme combinait une taxe exceptionnelle sur les bénéfices des entreprises fossiles et un plafonnement des revenus pour les producteurs d’électricité éolienne, solaire et nucléaire lorsque les prix atteignaient des sommets. Officiellement expiré fin 2023, le cadre européen a néanmoins été prolongé ou adapté au niveau national par plusieurs États membres, dont l’Espagne et la France. Le Royaume-Uni, bien que sorti de l’Union européenne, maintient également son propre prélèvement sur les profits énergétiques depuis 2022.

Les six pays plaident aujourd’hui pour un nouveau cadre européen, tirant les leçons de l’expérience. Ils réclament notamment une meilleure définition des « bénéfices exceptionnels » et une méthodologie plus efficace pour cibler spécifiquement les marges des raffineries et des multinationales pétrolières. Leur objectif : éviter que les entreprises n’exploitent la situation énergétique actuelle au détriment des populations.

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