Christine Lagarde pourrait bien troquer son siège à la BCE pour celui de Davos

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Christine Lagarde pourrait bien troquer son siège à la BCE pour celui de Davos
Christine Lagarde pourrait bien troquer son siège à la BCE pour celui de Davos © www.nlto.fr

Christine Lagarde se dit « prête à servir » le Forum économique mondial de Davos, tout en affirmant ne pas vouloir être candidate. Un double langage révélateur des mécanismes opaques par lesquels l’élite mondiale se redistribue les postes de commande sans jamais consulter personne.

Pendant que les médias mainstream encensent Christine Lagarde comme « candidate privilégiée » au Forum économique mondial, personne ne se demande vraiment comment fonctionne ce système où une poignée de figures de l’élite mondiale se redistribue les postes de commande sans jamais consulter quiconque. À 70 ans, la présidente de la Banque centrale européenne se dit « prête à servir » le WEF de Davos, tout en affirmant ne pas vouloir être candidate. Un double langage qui illustre parfaitement les mécanismes opaques des grandes institutions internationales.

Quand les grandes institutions se choisissent leurs dirigeants en secret

Réunion à Cologny : où les décisions mondiales se prennent loin des regards

La scène se déroule à Cologny, commune huppée du canton de Genève, lors d’une réunion du conseil d’administration du WEF. Tharman Shanmugaratnam, président de Singapour, propose le nom de Christine Lagarde pour succéder aux coprésidents sortants Larry Fink et André Hoffmann. Pas de débat public, pas de consultation des 3 000 entreprises membres du Forum, pas de processus transparent. Juste une proposition lors d’une réunion fermée, et voilà comment se dessinent les successions au sommet des institutions qui prétendent façonner l’économie mondiale.

Le calendrier révèle l’urgence de cette cooptation : l’élection pourrait avoir lieu dès l’automne 2026, Larry Fink et André Hoffmann présideront leur dernier Forum en janvier 2027 avant de quitter leurs fonctions. Tout est déjà bouclé, verrouillé, décidé entre initiés. Selon la presse suisse, certains membres réclament une procédure de sélection ouverte avec des candidats internes et externes. Mais leur voix se perd dans le brouhaha d’un système où les jeux sont faits avant même d’être annoncés.

Hildebrand et Schwab : les vrais décideurs derrière le trône

Philipp Hildebrand incarne à lui seul toutes les passerelles entre finance privée et gouvernance mondiale. Ancien président de la Banque nationale suisse, devenu vice-président de BlackRock, il est aujourd’hui chargé de sonder les membres du conseil d’administration sur la candidature Lagarde. Autrement dit, un cadre de la plus grande société de gestion d’actifs au monde (10 000 milliards de dollars sous gestion) orchestre la succession à la tête du Forum économique mondial. Aucun conflit d’intérêts à signaler, évidemment.

Klaus Schwab, 88 ans, fondateur du WEF, aurait depuis longtemps souhaité convaincre Lagarde de prendre la direction de son institution. Le patriarche de Davos, qui a transformé une simple réunion de chefs d’entreprise en rendez-vous incontournable du capitalisme mondialisé, veut manifestement assurer sa succession avec une figure qu’il contrôle. La transition générationnelle au WEF ressemble davantage à une transmission dynastique qu’à un renouvellement démocratique. Sur la question de qui décide vraiment dans les institutions européennes, les mêmes mécanismes opaques se retrouvent à tous les échelons.

Le discours du « service » vs la réalité du pouvoir

Lagarde dit « je ne veux pas être candidate »… mais elle est prête à servir

Le langage des élites possède ses propres codes. Christine Lagarde affirme ne pas vouloir être candidate dans aucune élection, tout en se déclarant « prête à servir » et en souhaitant « aider l’Europe au maximum ». Traduction : elle ne briguera pas le poste publiquement, mais l’acceptera volontiers si on le lui offre sur un plateau. Nuance subtile qui permet d’éviter l’accusation d’ambition personnelle tout en restant disponible pour le couronnement.

Ce double discours illustre parfaitement la rhétorique du « service public » brandie par les hauts fonctionnaires internationaux. Lagarde a dirigé le FMI de 2011 à 2019, préside la BCE depuis 2019, et pourrait donc enchaîner avec le WEF en 2027. Trois institutions majeures de la gouvernance économique mondiale, trois postes obtenus sans jamais se présenter devant un électorat. Le « service » consiste apparemment à passer d’un fauteuil à un autre dans un circuit fermé où les mêmes profils circulent indéfiniment.

Le double jeu : diriger la BCE tout en courtisant Davos

Le mandat de Christine Lagarde à la BCE ne s’achève officiellement qu’à fin octobre 2027. Comment peut-elle sérieusement envisager de prendre la présidence du WEF alors qu’elle est censée piloter la politique monétaire de 350 millions d’Européens jusqu’à cette date ? La question ne semble embarrasser personne dans les sphères dirigeantes. Peut-être partira-t-elle plus tôt, peut-être cumulera-t-elle les fonctions pendant quelques mois, peut-être trouvera-t-on un arrangement. L’essentiel est que le poste lui soit réservé.

La stabilité de la zone euro, la gestion de l’inflation, les décisions de taux d’intérêt qui affectent des millions d’entreprises et de ménages passent au second plan. Lagarde négocie déjà sa prochaine fonction alors qu’elle devrait se consacrer pleinement à celle qu’elle occupe. Mais dans le monde des élites mondialisées, la loyauté institutionnelle compte moins que le réseau et la trajectoire personnelle. Les institutions servent de tremplins, pas de destinations finales.

Où est la procédure ouverte ? Où est la démocratie ?

Certains réclament une vraie sélection, mais le choix est déjà fait

Des voix s’élèvent au sein du WEF pour demander une procédure de sélection ouverte. Elles réclament que des candidats internes et externes puissent se présenter, que leurs projets soient évalués, que le conseil d’administration dispose d’un véritable choix. Demandes légitimes qui resteront probablement lettre morte. Quand Hildebrand aura terminé son tour de piste auprès des membres du conseil, quand Schwab aura fait jouer son influence, quand les grands patrons de BlackRock, de Nestlé et consorts auront donné leur aval, la « procédure » se réduira à une simple formalité.

Le Forum économique mondial prétend incarner le dialogue entre les parties prenantes, promouvoir la transparence et la bonne gouvernance. Pourtant, sa propre succession se déroule dans l’opacité la plus totale. Aucune annonce publique des critères de sélection, aucune liste de candidats potentiels, aucun calendrier précis. Juste des fuites dans la presse suisse et des discussions à huis clos entre membres d’un club très fermé. Les 3 000 entreprises qui financent le WEF découvriront leur future présidente comme on annonce un fait accompli.

La concentration du pouvoir économique mondial entre quelques figures de l’élite internationale atteint des sommets. Lagarde incarnerait la continuité d’un système où les mêmes personnes, issues des mêmes milieux, formées dans les mêmes écoles, circulent entre les mêmes institutions. Le renouvellement démocratique, la diversité des profils, l’ouverture à des parcours atypiques restent des slogans creux. Comme dans d’autres domaines de la vie politique, les jeux de pouvoir se déroulent loin du regard des citoyens.

La vraie question n’est pas de savoir si Christine Lagarde possède les compétences pour diriger le WEF. Elle les possède probablement. La vraie question est de savoir pourquoi ces postes de commande de l’économie mondiale se transmettent comme des privilèges héréditaires, pourquoi aucun contre-pouvoir n’existe pour contester ces nominations, pourquoi le discours sur la gouvernance transparente ne s’applique jamais à ceux qui le prononcent. En attendant, le grand jeu de chaises musicales continue, et les spectateurs n’ont même pas le droit d’applaudir ou de siffler.

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