Impôts : quand Bercy compte sur un argent qui ne vient pas

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Taxer davantage ne garantit pas de récolter davantage. Une étude d’Hexagone le montre à travers trois taxes françaises. Deux milliards d’euros attendus, 388 millions désormais estimés. Pour la contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR), créée en 2025, la déconvenue est sévère : l’État espérait cinq fois plus.

Le principe paraissait simple : assurer une imposition minimale de 20 % aux foyers les plus aisés. Mais les contribuables visés ne sont pas tous payés comme des salariés. Beaucoup perçoivent des dividendes, dont la distribution peut être avancée, retardée ou suspendue.

La crise politique de fin 2024 leur a donné une occasion d’ajuster le calendrier. Après la censure du gouvernement Barnier, la taxe n’a finalement porté que sur les revenus de 2025. Les dividendes perçus par les ménages ont atteint 74,9 milliards d’euros en 2024, contre 61 milliards en 2023, avant de redescendre à 64,3 milliards en 2025. Ce mouvement ne peut pas être entièrement imputé à la CDHR, mais il illustre le problème : l’assiette d’un impôt n’attend pas Bercy.

Le chiffrage initial était d’ailleurs contesté. En juin 2025, l’Institut des politiques publiques évaluait le rendement à 1,2 milliard d’euros, même sans changement de comportement des contribuables.

Tabac : des fumeurs qui changent de fournisseur

Autre exemple relevé par l’Observatoire Hexagone : les taxes sur le tabac. Leur objectif est sanitaire, et le recul du tabagisme est réel. La part des fumeurs parmi les 18-79 ans est passée de 25 % en 2021 à 17,4 % en 2024.

Mais le budget tablait sur 14 milliards d’euros de recettes en 2024. Il n’en a encaissé que 13,1 milliards. Et tous les achats perdus par les buralistes ne sont pas des cigarettes abandonnées : certains consommateurs se fournissent à l’étranger ou sur des marchés illégaux. Selon une étude menée pour les douanes et la MILDECA, 17,7 % du tabac consommé en France en 2023 échappait à la fiscalité nationale. Cela ne veut pas dire que l’État pourrait récupérer toutes les taxes correspondantes.

Yachts : un symbole qui rapporte 60 000 euros

La taxe sur les yachts, créée en 2018, offre un cas révélateur. Dix millions d’euros de recettes annuelles avaient été évoqués au Parlement, sans chiffrage officiel du gouvernement. En 2024, elle a rapporté 60 000 euros.

Avec des critères restrictifs et la possibilité de changer de pavillon ou de propriétaire, le nombre de bateaux concernés s’est réduit : cinq seulement restaient éligibles en 2025, selon le gouvernement.

Ces histoires ne prouvent pas qu’il faudrait renoncer à taxer les hauts revenus, le tabac ou les yachts. Elles montrent qu’un taux voté ne se transforme pas automatiquement en euros encaissés. Hexagone propose de publier, pour chaque nouvel impôt, deux prévisions : l’une à comportement inchangé, l’autre intégrant les réactions possibles des contribuables.

Car une recette espérée ne paie pas une dépense engagée.

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