« Beaucoup d’investisseurs n’ont aucune idée de ce dans quoi ils investissent. Ils se fixent des attentes extrêmes, puis découvrent que c’est presque comme s’ils étaient au casino. » Ces mots francs de Hock Tan, PDG de Broadcom, lors de la conférence DBS Asia Future Forward à Singapour le lundi 11 octobre, ont trouvé un écho retentissant dès le lendemain. Le Kospi sud-coréen a chuté de 7,4% le mardi 12 octobre, atteignant 5 914,35 points.
La mise en garde de Hock Tan sur les investissements en IA
Hock Tan, PDG de Broadcom, a exprimé sans détour que les investisseurs se lancent dans l’intelligence artificielle sans stratégie ni compréhension technique, motivés uniquement par un récit marketing séduisant. Selon Kim Yun-jeong, analyste chez LS Securities, la baisse des actions IA et technologiques, y compris les fabricants de puces mémoire, est due aux avancées en technologie DRAM de la société chinoise CXMT. Dès qu’une innovation réelle apparaît, la bulle éclate.
En juin 2026, le Kospi avait atteint plus de 9 000 points, porté par l’engouement pour l’IA générative. Quatre mois plus tard, l’indice a perdu plus d’un tiers de sa valeur. Samsung Electronics et SK Hynix, qui représentent à eux seuls 50% de la capitalisation du Kospi, ont respectivement chuté de 7,7% et 8,8%, comme le rapporte NBC News. La Bourse de Corée a même suspendu temporairement les échanges mardi, pour la première fois en deux mois, afin de contenir la panique.
La spéculation autour de l’IA en question
Le sommet de juin 2026 ne résultait pas d’une croissance organique, mais d’un emballement spéculatif autour des semiconducteurs pour serveurs IA. Les projections fantaisistes des analystes et les investissements massifs dans des valorisations déconnectées de la réalité ont créé un château de cartes prêt à s’effondrer. L’innovation de CXMT a suffi pour précipiter cette chute. Sans crise systémique, un concurrent crédible a suffi à faire réaliser aux investisseurs qu’ils avaient misé sur des promesses vides.
Samsung et SK Hynix, leaders mondiaux de la mémoire DRAM et NAND, ont vu leur valorisation boursière artificiellement gonflée par le récit IA. Lorsque la bulle a éclaté, ce sont les actionnaires qui ont payé le prix fort. Les investisseurs étrangers ont massivement vendu mardi, laissant les petits porteurs sud-coréens absorber les pertes. Selon Morningstar, les achats locaux n’ont pas compensé la fuite de capitaux étrangers.
Le rôle de CXMT dans la chute du marché
ChangXin Memory Technologies (CXMT), fabricant chinois de puces mémoire, a présenté une nouvelle architecture DRAM réduisant de 30% la surface des cellules mémoire. Cette avancée technologique menace directement Samsung et SK Hynix. Contrairement aux promesses habituelles de l’IA, CXMT offre une innovation concrète et industrialisable d’ici fin 2026. Face à cette avancée, les investisseurs ont réalisé que le boom IA reposait sur des bases fragiles. L’indice Philadelphia Semiconductor avait déjà chuté de 2,7% la veille, signalant une vente mondiale de valeurs technologiques.
CXMT remet en question le monopole narratif occidental sur l’innovation technologique. Pendant des mois, les marchés ont survalorisé Samsung et SK Hynix en tant que piliers de la révolution IA. L’émergence d’un acteur chinois compétitif brise cette illusion. Si la Corée du Sud perd son avantage technologique, la valorisation de son indice boursier est compromise, d’où le krach. Cette situation rappelle les mises en garde de la BCE sur la bulle IA, comparée à la bulle Internet des années 2000.
Les conséquences pour les investisseurs sud-coréens
Le 12 octobre, les investisseurs étrangers ont massivement liquidé leurs positions sur le Kospi. Les institutions locales ont tenté de limiter les dégâts, en vain. Les petits épargnants sud-coréens, séduits par le rêve de l’IA, se retrouvent avec des portefeuilles réduits d’un tiers en quatre mois. Ce schéma n’est pas inédit. L’histoire économique a vu de nombreuses bulles spéculatives où les derniers arrivés paient pour les premiers sortis. Cette fois, la bulle était présentée comme une révolution technologique inévitable, rendant la désillusion encore plus amère.
Le krach du Kospi révèle une réalité troublante : le boom de l’intelligence artificielle n’était pas une avancée industrielle, mais une vaste spéculation orchestrée par des acteurs financiers peu scrupuleux. Tant que les investisseurs confondront innovation et marketing, les marchés boursiers resteront des casinos.









